> [ remonter jusqu'au zéro souverrain qui nous précède ] - Cioran
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Les espèces d'espaces zérologiques résultent des processus anthropologiques d'accumulations et de disparitions infinies inhérents à la modernité industrielle. Lieux et mais le plus souvent non-lieux où s'accumulent marchandises, signes, monuments, ruines illustres, d'œuvres d'art mais également déchets, objets sans usage, particules nocives, sols pollués, bâtiments désaffectés, friches, etc... Ces espèces d'espaces qui quadrillent le territoire en zones, sites, secteurs se constituent selon une dialectique zérologique de l'entropie et de la virtualité, du zéro et de l'infni. Alors que le premier terme - entropie- signifie indistinction, saruration, dégradation, pollution, désherence et vacuité du plein comme du vide, le terme virtualité met l'accent sur la créativité, la prévision, la jouissance potentielle et la prospection.

Cependant, la disparition et/ou la dispersion ne concernent pas seulement les « choses abandonnées » de la déchétosphère ( objet 0+) ; les espaces d'accumulation marchande (objet 1), muséographique (objet 1+), informationnelle (objet 0.1) sont aussi soumis à une logique de disparition par effet d'accumulation accrue quand les changements d'échelle (quantité) entraînent des mutations de valeurs (qualité). Il y aurait donc une entropie de deuxième type inhérente à un sucroît de néguentropie, soit une inversion zérologique ou encore une rétroaction négative consécutive à la surproduction. L’anthropologie techno-industrielle ne fonctionne pas selon une logique des vases communicants mais selon une dynamique pernicieuse et ironique : la virtualité et l’entropie progressent ensemble dans le même mouvement de frénésie générative. Ce stade zérologique des masses critiques occasionne alors une crise de la valeur et de la signification même des produits engendrés par le génie technologique, le zéro devenant ainsi une figure de l'infini et vice-versa.

Les hommes sont entrés dans une ère où ils ne maîtrisent plus les quantités qu’ils produisent et par goût du paradoxe on peut nommer cette logique zérologique. Mais le paradoxe du Less is more n’est qu’une apparence rhétorique car plus nous accumulons, plus nous progressons vers l’infini de la marchandise, de l’information, de la mémoire culturelle, plus nous progressons vers une forme inédite de « néant surpeuplé », de dépression existentielle de civilisation dont témoignent les grands désordres symboliques et psychiques qui affectent les hommes surmodernes. Aussi le monde postindustriel zérologique apparaît-il simultanément comme une ruine, un chantier, un magasin et un musée de l'errance contemporaine. La zérologie, si peu scientifique, est l'étude théorétique et esthétique de ce devenir résiduel dynamique qui, sans faire rêver, laisse rêveur.